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ARGUMENTAIRE DU THEME DE LA 8ème EDITION DU FESPAM

Thème : « Engagements artistiques et novations esthétiques pour la Renaissance africaine »

Le concept de renaissance renvoie la mémoire collective à cinq démarches apparemment disparates : le rite de la seconde naissance chez les Kikuyu du Kenya, le mythe du phœnix chez les Grecs, la renaissance italienne de la période du XVème au XVIIIème siècles, le transcendantalisme américain du XIXème siècle, la Renaissance de Harlem des années 1920 enfin.

La tradition kikuyu exige que la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte soient marquées par la cérémonie de la seconde naissance, rite par lequel l’initié rompt le cordon ombilical symbolique le liant à sa mère et à l’enfance pour commencer une nouvelle vie, accomplissement de ses rêves et désirs. Le phœnix de la Grèce antique, quant à lui, était assuré de la vie éternelle en renaissant des cendres consécutives à ses autodafés.

La quête du nouveau est à la base de la renaissance italienne, qui a vu l’Italie, puis l’Europe, donner un nouvel essor aux sciences, aux arts et aux lettres du Moyen-âge, opération fondatrice d’une vision revisitée du monde.

Hommes nouveaux dans un continent nouveau, les transcendentalistes américains extériorisèrent leur hostilité à toute tradition figée en instituant, à la suite de Ralph Waldo Emerson, une véritable « Déclaration d’Indépendance intellectuelle » vis-à-vis de l’ordre ancien.

Anciens esclaves libérés par les treizième, quatorzième et quinzième amendements de la constitution de leur pays, les Noirs américains, Alain Locke en tête, entreprirent la renaissance spirituelle de Harlem, quartier emblématique de New-York. Un homme noir nouveau était né.

Qu’elle soit kenyane, italienne ou américaine, la renaissance présente des caractéristiques communes, dont la crainte est le besoin d’entrer dans une vie nouvelle qui, tout en se démarquant de l’ancienne, s’en sert comme sous-bassement d’un avenir meilleur.

La renaissance de l’enfant kikuyu l’introduit dans la vie adulte. La renaissance italienne ouvre une ère de prospérité économique. La renaissance des transcendentalistes américains prône l’indépendance vis-à-vis de la métropole britannique. Elle clame que « les choses proches ne sont pas moins belles et merveilleuses que les choses lointaines », une manière de se défaire des canons esthétiques européens pour s’assumer en tant que peuple indépendant : « nous devons marcher avec nos propres jambes, nous devons travailler avec nos propres bras, nous devons dire ce que nous, nous pensons ».

Pour leur part, les Africains-Américains jettent les bases d’une nouvelle esthétique destinée à décomplexer l’homme noir. Elle trouvera en James Brown un propagandiste de choix : ‘’je suis noir et j’en suis fier !’’. Le mouvement Black is beautiful s’inscrit dans cette logique.

Que peut et doit faire l’Afrique, infantilisée à souhait, et dont la situation par rapport à l’Europe ressemble à maints égards à celle des Américains vis-à-vis des Britanniques, celle des Noirs face aux Blancs d’Amérique, pour s’engager dans l’âge adulte, s’installer durablement dans une ère de prospérité économique et s’assumer pleinement en tant que continent responsable devant compter avant tout sur ses propres forces ?

Comment créer de nouvelles sonorités susceptibles d’enrichir le patrimoine musical mondial ? Quelles techniques utiliser pour les faire accepter par l’oreille du commun des mélomanes ?

En partant d’une démarche mue par l’impérieuse nécessité de la promotion tous azimuts de la créativité artistique et par l’incitation à la novation esthétique, conditions sine qua non de l’avènement du temps de l’Afrique, les experts africains, dans un élan de révolte légitime contre la pauvreté du musicien, en particulier et de l’homme africain en général, se proposent de conduire une réflexion profonde en trois points :

- la définition des conditions de la Renaissance africaine ;
- la redéfinition de la notion du beau dans un univers largement dominé par le profit ;
- la réponse africaine à la toute puissance des industries musicales des autres continents.

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